Vous aimez conduire, non ? Moi aussi. La vraie question, c’est jusqu’où vous êtes prêt à aller pour ça. Accepter moins de volume de coffre ? Consommer davantage ? Renoncer à une partie de la praticité à bord ? Supporter un budget d’usage plus élevé ? Chacun place le curseur à un endroit différent, pour des raisons différentes, et finit donc au volant d’une voiture différente. Une chose fait toutefois consensus : si vous pouvez assumer un strict deux-places, Porsche comme Alpine savent en faire de très bons.
Deux visions d’un même coupé sportif : Alpine A110S et Porsche Cayman T
Voici l’Alpine A110S. Le « S » partout : plus affûtée, plus ferme, plus rapide, plus mordante au freinage. Le 1,8 litre turbo gagne 40 ch, la plage de couple s’élargit, l’échappement sport actif est de la partie, les freins haute performance sont montés d’office, les pneus prennent 10 mm à l’avant comme à l’arrière, les ressorts sont nouveaux, les barres antiroulis renforcées, la suspension descend de 4 mm et l’ESP est recalibré. Le programme complet.
[node:champ_carrousel-thématique]
- Texte : Ollie Marriage // Photographie : Jonny Fleetwood*
En face, il y a désormais la Cayman T. J’ai bien tenté d’inventer une liste de mots en « T », sans succès : au fond, on est encore sur une accumulation de « S ». En clair, Porsche a pioché les options les plus orientées sport et les a greffées à une Cayman d’entrée de gamme : suspension abaissée de 20 mm, grandes jantes de 20 pouces (≈ 51 cm), supports moteur dynamiques, Alcantara, autocollants.
Côté tarif, elles ne jouent pas tout à fait sur la même ligne (on y reviendra), mais elles partagent la même philosophie et le même niveau d’agressivité. La puissance, elle, est proche : le quatre-cylindres à plat 2,0 litres turbo de la Porsche envoie 296 ch, contre 288 ch pour l’Alpine. L’Alpine est évidemment la plus vive, parce qu’elle est plus compacte et plus légère : 1 414 kg pour elle, contre 1 350 kg pour l’Allemande. Ce n’est pas « lourd » en soi, c’est juste que l’Alpine incarne l’équivalent automobile de Veganuary.
Sur la route : la légèreté dicte tout
Le poids, justement, façonne l’expérience Alpine. Elle se montre environ 10 mpg plus sobre que la Cayman dans toutes les situations, accélère avec plus de peps et de spontanéité, et épargne ses freins comme ses pneus. Elle effleure littéralement la route, quel que soit le revêtement. La Porsche doit davantage forcer son talent.
À bas régime, l’inertie supplémentaire se traduit par un temps de réponse du turbo, malgré des pneus plus larges (30 mm de plus à l’avant et à l’arrière). Le sous-virage arrive plus tôt, et dans le volant, la voiture paraît plus « massive ». Après un aller-retour comparatif d’environ 16 km sur petites routes, c’est la Porsche qui semble reprendre son souffle.
Enfin… pas tout à fait. Car si l’on roule uniquement en Cayman T, elle est excellente. Aujourd’hui, c’est la Cayman à choisir si vous aimez conduire et que a) vous ne pouvez pas viser une GT4 ou b) vous n’avez pas envie d’acheter un flat-six atmosphérique d’occasion. Elle ne glisse pas sur le bitume avec la même délicatesse que l’Alpine, mais elle propose d’autres satisfactions.
La précision un peu « huileuse » et mécanique de la direction, des freins et de la boîte rend chaque commande plaisante à utiliser. La fermeté de la suspension est parfaitement accompagnée par un amortissement remarquable. J’ai déjà critiqué sans détour ce flat-four, mais à haut régime il se révèle plus doux et plus réactif. En le maintenant au-dessus de 4 500 rpm, il y a finalement peu de raisons de se plaindre. Après chaque trajet, je descends de la Cayman avec une sensation de bien-être : pour rouler au quotidien, jour après jour, elle ferait très bien le travail.
[node:champgrandreportageimagegauche-thématique-delta:0]
A110S : plus conventionnelle, mais terriblement efficace
Je voulais éviter de trop comparer avec l’A110 « standard », mais impossible de juger la S sans la remettre en perspective. Ce qui rend la version classique si attachante, c’est justement son choix d’une autre voie : plus souple, plus joueuse, assumant le roulis et cultivant sa singularité.
En raffermissant l’ensemble, Alpine l’a rendue plus conventionnelle. Elle est incontestablement plus rapide, encore plus vive et agile, spectaculaire en changements d’appui, avec un niveau de dialogue via le châssis et la direction qui figure parmi les meilleurs hors Lotus. Il y a pourtant un point dynamique, commun aux deux A110, qui mérite mieux : au tout début de l’inscription, la direction pourrait offrir un soupçon de mordant supplémentaire, juste pour sentir qu’elle a vraiment « planté les crocs ».
Pour le reste, la S transmet tellement d’informations qu’au moment précis où l’essieu arrière commence à s’engager dans le virage - ce mince instant juste après avoir braqué - on le perçoit immédiatement. Très vite, on comprend qu’on peut faire varier sa manière d’aborder les courbes pour découvrir des facettes différentes de la voiture ; quelle que soit l’approche, l’A110S s’en sort brillamment.
Et ce moteur : seulement quatre cylindres et 1,8 litre, mais avec un rapport poids/puissance de 259 ch/tonne, nettement devant les 219 de la Cayman T. À l’usage, il est aussi plus agréable. Il n’échappe pas au temps de réponse à bas régime, certes, mais il paraît plus propre et plus doux, et au-delà de 5 500 rpm il est perceptiblement plus rapide que l’A110 standard comme que la Cayman T.
Avec une sonorité plus râpeuse dans les tours et ce surplus d’allant, on a désormais une vraie raison d’aller chercher le haut du compte-tours - même si une coupure sous 7 00 rpm n’a rien d’un exploit. La Porsche, elle, grimpe encore 500 rpm plus haut si c’est important pour vous. Ça ne devrait pas l’être.
Aucune des deux ne laisse un souvenir impérissable côté moteur. Porsche a d’ailleurs confirmé récemment que la Cayman GTS est désormais proposée avec une version dégonflée du flat-six 4,0 litres de la GT4. De quoi remettre de l’émotion dans la Cayman, tout en rappelant à ceux qui ne peuvent pas assumer ses £64k que le quatre-cylindres continue d’appauvrir l’expérience Cayman.
Au moins, la Porsche offre une boîte manuelle - et une excellente. Dans l’Alpine, il faut se contenter de la double embrayage à sept rapports. Elle fait le travail, et en appuyant sur le bouton Sport au volant, non seulement l’affichage du combiné change, mais la chaîne cinématique se tend utilement. En revanche, évitez l’appui prolongé pour le mode Track : le graphisme façon jeu d’arcade est franchement rebutant.
[node:champgaleriesen_ligne-thématique-delta:0]
Sur un rythme de croisière, la Porsche souffre davantage de bruits de pneus, mais elle apparaît globalement plus mûre et plus facile à vivre. Dans l’Alpine, on ressent davantage le grain du revêtement ; elle est plus chahutée par les chaussées bosselées et les vents de travers, et donne une impression générale d’activité permanente.
Vie à bord, praticité et prix : les compromis qui comptent
Si tout ne se résumait qu’à la conduite, l’Alpine l’emporterait. Mais revenons à la question de départ : celle des sacrifices. Les deux coffres de l’Alpine totalisent environ la moitié de la capacité d’emport de la Porsche. À bord, on est plus à l’étroit, et l’infodivertissement est extrêmement agaçant à utiliser.
La position de conduite peut vous convenir, mais pour ma part, j’aimerais un volant moins incliné vers l’arrière en partie haute, et une assise qui s’allonge davantage sous les cuisses. Et même si les matériaux sont corrects, il suffit de regarder à quoi elle se mesure ici… L’habitacle de la Porsche est difficile à prendre en défaut : on s’installe, tout fonctionne comme on le souhaite, et l’ensemble est cohérent pour une voiture à £51,145. Il ne faut simplement pas espérer des raffinements : une Fiesta Zetec offre plus de gadgets et de babioles.
L’Alpine est affichée à £56,810, soit presque exactement dix mille de plus que la version de base. Elle est plus profondément transformée que la Cayman T (une hausse de sept mille), mais elle abandonne aussi une partie de ce qui rend l’A110 standard si séduisante. Résultat : comme coupé de tous les jours, ce n’est « que » la deuxième meilleure Alpine. Et ici, elle tombe sur la meilleure Cayman. Pour la première fois, l’Alpine s’incline.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier!
Laisser un commentaire