Le principe du double californien tient en une phrase : profiter de la géographie bénie du Golden State pour skier et surfer le même jour. De quoi cocher une case de liste de rêves. Pour des Britanniques, c’est d’autant plus fantasmatique que notre équivalent se résume à une matinée sur la piste couverte de Milton Keynes, puis à un après-midi devant la machine à vagues de la piscine du coin. Sauf que la nature ne facilite pas la quête ski-et-surf de TG.
Le programme, au départ, était clair : tailler la poudreuse au lever du soleil à Big Bear Mountain – à quelques heures à l’est de Los Angeles – puis foncer vers la côte pour envoyer des « shakas » sur les vagues festives de Malibu avant le coucher du soleil. Problème : pour skier, il faut de la neige. Et, avec le réchauffement climatique / un automne anormalement doux [supprimez selon votre opinion], il n’y en a pas. Nous avons donc dû remonter vers le nord. Très au nord. Du côté de San Francisco, jusqu’à Mammoth Mountain – loin, très loin des lavements au kombucha et du yoga avec des chèvres de LA. Et, en prime, on vient de passer à l’heure d’hiver : une heure de lumière utile envolée avant même d’avoir commencé. Quel bonheur.
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**Texte :** Rowan Horncastle / **Photos :** James Lipman*
Audi RS6 : l’arme idéale pour relier ski et surf
Heureusement, pour faire le lien entre les points de la carte – et tordre un peu le temps – on a l’archétype du véhicule d’aventures en plein air : la nouvelle Audi RS6. Posée sur une neige croûtée, elle affiche une mine renfrognée. Vraiment renfrognée. Mais il ne faut pas confondre cette RS6 de quatrième génération avec une A6 Avant grimée d’un air mauvais : seules les portes avant, le toit et le hayon sont communs avec une A6 de base.
Et le caractère, elle en a à revendre : une carrosserie boursouflée, élargie de 80 mm par rapport au modèle standard, un froncement de sourcils méprisant (clin d’œil à la Sport quattro de 1984) et des sorties d’échappement façon bazooka. L’ensemble crée une présence hors norme. Elle en a besoin, d’ailleurs : il faut bien de quoi titiller l’attention des non-initiés – ces hérétiques amoureux des SUV. Autrement dit : « les Américains ».
« Beau petit break, mec ! », lance un skieur au visage mangé par des lunettes, dans la file du télésiège.
« C’est un break. »
« Un quoi, mec ? »
Eh oui : le break est une idée qui passe mal de ce côté-ci de l’Atlantique. Pour faire simple, ça ne se vend pas. Pourtant, pour la première fois en 25 ans d’existence, la division sportive d’Audi tente le coup et amène aux États-Unis son break familial à cinq portes… furieusement rapide. Et, par chance, il est rempli de ce que les Américains férus de chiffres adorent : des GROS nombres.
Sous le capot, un V8 biturbo de 4,0 litres expédie ses 592 ch et ses 590 lb ft (environ 800 Nm) via une boîte auto à huit rapports et la transmission intégrale, pour abattre le 0 à 100 km/h (0–62 mph) en 3,6 s et filer jusqu’à 306 km/h (190 mph) si l’on coche le pack « Vorsprung ». Le coffre – pardon, la malle – avale aussi 1 680 litres de chargement. Notamment 1 680 litres d’excuses « première sortie de la saison », au moment où je casse mes skis et les balance à l’arrière, avant de fendre l’air sec de Mammoth au son grave du V8.
Une pression exploratoire sur l’accélérateur fait tourner l’aiguille autour du nouveau cadran rétro en forme de crosse de hockey mais, déception, l’échappement n’a pas le coup de tonnerre et la grossièreté d’autrefois (maudit WLTP !). Cela suffit malgré tout à attirer les regards. « Voiture de malade, mec ! », crie un snowboardeur au loin.
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De Mammoth Mountain à la US Highway 395
En quittant les 2 740 m d’altitude (9 000 ft) de la station de Mammoth Mountain, le sang revient à la tête après ces hauteurs littéralement étourdissantes. Mais, par ici, les routes n’ont rien à voir avec celles des stations européennes : pas de cars de sorties scolaires en panique, luttant avec des chaînes, coincés sur une voie trop étroite ; ici, ça déroule, c’est large, fluide, et ça serpente entre de superbes pins très hauts, découpés par une lumière dorée délicieuse. On finit par retomber dans la vallée et attraper la route qui va embrocher notre aventure : la US Highway 395.
Elle longe le flanc est de la Sierra Nevada : c’est la colonne vertébrale de la Californie et elle relie, en un seul road-trip, certaines des zones les plus hautes, les plus basses, les plus chaudes, les plus profondes et les plus anciennes des États-Unis. Et, surtout, elle laisse au photographe Jamie et à moi le temps de nous caler dans les sièges matelassés et de savourer l’habitacle de cet hyper-break.
Vous l’avez sans doute remarqué : la technologie embarquée a radicalement changé ces dernières années, et la RS6 en est un bon témoin. Par rapport à la génération précédente, c’est un grand bond en avant – d’abord parce que, depuis 2013, la planète est devenue accro aux écrans, mais aussi parce que les matériaux respirent désormais le luxe sportif : double vitrage, surfaces en verre à retour haptique, fibre de carbone, et un sélecteur de vitesses habillé d’Alcantara qu’on a bizarrement envie de caresser… un peu comme un chat chauve.
On enclenche un mode « croisière au long cours » et la RS6 se pose, elle aussi. Elle n’a clairement plus la brutalité de l’ancienne : celle-là, c’était une ogive V8 à laquelle on aurait greffé un coffre. Ici, tout paraît plus nuancé, plus intelligent. On a la désactivation de cylindres, un mode roue libre bien exploité et une micro-hybridation en 48 V.
Cela dit, il faut relativiser ce côté « hybride ». La batterie située dans le coffre ne sert pas à propulser la voiture ; c’est plutôt une touche de vernis vert, pratique à brandir devant la personne en caleçon de toile de jute et à l’odeur de transpiration, juste avant qu’elle ne vous repeigne à la bombe parce que vous roulez en V8.
Le confort progresse également : malgré une suspension sport (ressorts acier et amortisseurs réglables sur trois voies, plutôt que l’air adaptatif de série) et d’énormes jantes de 22 pouces, la voiture conserve une démarche étonnamment souple.
Le fait de pouvoir envoyer jusqu’à 85 % du couple vers l’arrière permet encore de se faire plaisir
Canyons, chaleur et RS2 : cap sur Malibu
La 395 peut rendre fou, pourtant. Encadrée par des montagnes déchiquetées qui s’effondrent vers un bassin plat, brûlant, interminable et vide, c’est exactement le type de ruban pour lequel on fabrique des autos de 320 km/h : lisse, rectiligne, désert. Sauf que le secteur est infesté de policiers planqués, précision de sniper, radar en main. Résultat : on se contente de 105 km/h (65 mph).
Pour gagner du temps autrement, on s’arrête dans un snack à burgers aussi délicieux que fauché, planqué dans une caravane au milieu d’un parc résidentiel à Bishop, puis on file vers les pistes poussiéreuses et les merveilles géologiques des Alabama Hills. Histoire de vérifier que le quattro fait encore le travail. Spoiler : oui.
Et même si l’on ne peut pas « renier » les arbres de transmission avant comme sur une E63, le fait de pouvoir envoyer jusqu’à 85 % du couple sur l’arrière permet encore de se faire plaisir.
En descendant plus au sud, on se gave d’un buffet à volonté de paysages et de curiosités. On longe des champs de lave noirs comme du Vantablack, on croise Death Valley, la tour de guet glaçante de Manzanar (le camp de concentration où plus de 10 000 personnes d’origine japonaise ont été parquées pendant la Seconde Guerre mondiale), puis Ridgecrest (la capitale mondiale des séismes), avant de percuter de plein fouet Antelope Valley et l’étalement brumeux, saturé de trafic, qui déborde de Los Angeles. On bifurque à droite, direction les canyons, puis Malibu.
L’an dernier, toute cette zone a été dévastée par le Woolsey Fire. L’incendie a ravagé 96 949 acres (environ 39 240 hectares), contraignant plus de 295 000 personnes à évacuer, et les blessures restent visibles. Les superbes routes de canyon, torsadées comme des rubans, sont bordées d’arbres calcinés et de sols brûlés, et le nouvel enrobé n’a été posé que quelques jours plus tôt. Sous la chaleur de 33 °C, le bitume sue le gras comme le visage d’un adolescent - un terrain d’entraînement parfait pour la RS6.
Je presse deux fois le nouveau bouton « RS » au volant, façon BMW, pour basculer sur « RS2 » (histoire de rendre hommage à l’héritage). La RS6 passe alors en attaque maximale, avec une suspension plus souple et un contrôle de stabilité plus permissif, puis on file vers le salut de l’océan.
Et qu’on se le dise : ça pousse très fort. La vitesse s’empile à un rythme sidérant, en grande partie grâce à l’énorme couple exploité au cordeau par la boîte à huit rapports. Mais, contrairement à une AMG, ce n’est pas le moteur qui mène la danse. Il n’est ni furieux ni braillard ; il travaille plutôt en symbiose, avec une efficacité presque insolente, avec la direction intégrale, le différentiel sport en option et un système 4x4 diablement malin, pour fournir une agilité et une motricité instantanées.
On en a besoin ici : l’adhérence est inconstante, il n’y a pas de glissières, beaucoup de dévers, et donc un vrai potentiel de crash façon superproduction hollywoodienne. Ce que la RS6 réussit, c’est d’ajouter de la vitesse tout en arrondissant ce qui fait peur, pour que ça reste vivable.
Cela dit, si la vitesse vous angoisse, cochez l’option des freins carbone géants. Certes, en ville, ils ne sont pas les plus faciles à doser ; mais quand il faut les écraser à haute vitesse, ils ont de quoi plisser l’asphalte tout neuf de Californie en une Viennetta de bitume.
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On débouche sur la Pacific Coast Highway au moment où les derniers doigts d’un soleil de novembre encore éclatant se mettent à faiblir, puis on met le cap sur Point Dume. Un énorme chien baveux nous accueille, avec son propriétaire manifestement un peu dépassé.
« Comment il s’appelle, votre chien ? », je demande.
« At Hashtag Malibu Marzie. »
Bienvenue à Malibu : ici, tout le monde est en campagne de relations publiques permanente - même un vieux chien. Elle fait d’ailleurs un accessoire parfait pour le cliché du « chien dans un break ultra-rapide ». Sauf qu’au lieu d’écraser l’accélérateur et de la tartiner contre la lunette arrière, on vérifie juste qu’elle rentre (c’est validé, au passage) avant d’attraper une planche de surf pour une petite introspection face à l’océan. Apparemment, c’est ce que font les Californiens.
Au fond, ce que la RS6 a démontré aujourd’hui, c’est qu’elle coche vraiment toutes les cases : rapide, pratique, confortable, suffisamment voyante sans tomber dans la caricature, et franchement désirable. Mais le plus intriguant, c’est qu’aucun élément ne ressort isolément. On pourrait y voir un manque de caractère. En réalité, c’est simplement qu’Audi a conçu d’excellents composants pour fonctionner ensemble. L’ensemble est réellement supérieur à la somme des pièces.
Et, comme n’importe quel membre de comité de direction à LA vous le dira : le travail d’équipe fait marcher les rêves. Ou… ça fait de la RS6 la Familiale de l’année selon Top Gear. À l’eau, les gars.
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