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Tesla Model 3 et Ford GT500 : célébration de deux lauréates Top Gear

Deux voitures modernes, une bleue et une blanche, garées sur un parking urbain avec des bâtiments en arrière-plan.

En 2019, une chose s’est imposée : la montée en puissance des voitures électriques a rendu le marché automobile plus vivant, plus varié et plus inventif que jamais. Qu’un même défi - transporter quatre personnes sur notre planète - puisse accoucher de machines aussi opposées qu’une Tesla Model 3 et une Ford GT500, voilà ce qui rend la Planète Auto si fascinante.

Soyons limpides d’emblée : il ne s’agit pas d’un comparatif en duel, mais d’une célébration de deux voitures primées. Les clichés automobiles paresseux voudraient qu’aimer l’une interdise forcément d’apprécier l’autre ; au nom de toute l’équipe Top Gear, disons-le clairement : c’est du bullshit, et cette mentalité féodale peut rester au vestiaire. On peut conduire une Tesla et adorer les voitures musclées ; on peut aligner des voitures musclées dans son garage et utiliser sa Tesla au quotidien avec plaisir. Ce ne sont pas des mondes incompatibles et, si je peux me permettre - pour le bien de la révolution électrique, pour accélérer son adoption, et pour l’avenir de l’automobile en général - ce serait quand même mieux si l’on arrêtait de se comporter en clans, et si l’on se contentait de saluer l’ingénierie et la créativité d’une industrie qui n’a jamais été aussi dynamique. Fin du coup de gueule.

  • Texte : Charlie Turner / Photographies : Rowan Horncastle*

Deux visions opposées de la performance : Ford GT500 et Tesla Model 3

D’un côté, voici la Ford GT500, sacrée Voiture musclée de l’année par Top Gear : la dernière, et peut-être l’ultime, muscle car « pure » de l’Ovale Bleu. Sous le capot, un V8 compressé de 5,2 litres qui affiche 750 bhp (761 ch) et 625 lb ft (847 Nm), associé à une boîte à double embrayage à sept rapports. La GT500 abat le 0–60 mph (0–96 km/h) en 3,3 s, avale le quart de mile (402 m) en 10,61 s à 133 mph (214 km/h), et libère une bande-son qui hérisse la nuque. Elle est provocante, bruyante, conçue pour capter votre regard sans la moindre excuse : la GT500 attaque les sens - et, par les temps qui courent, cette addiction fait un bien fou.

[(carrousel thématique)]

À l’opposé, la Model 3 avance avec une assurance silencieuse qui tranche net avec la Ford. Sa progression feutrée et son design minimaliste, dedans comme dehors (la déclinaison la plus aboutie du style épuré de Tesla à ce jour, à mon sens), masquent bien son potentiel. À la place d’un V8 de 5,2 litres, la Tesla « se contente » de deux moteurs électriques, d’une batterie de 75 kWh et de la transmission intégrale. Avec 1 847 kg (soit 69 kg de moins que la GT500), la Model 3 réussit ce grand classique des VE : catapulter ses passagers sur un 0–60 mph (0–96 km/h) en 3,2 s… et laisser la GT500 derrière. De très peu.

Los Angeles : un décor brut, loin des cartes postales

Nous sommes à Los Angeles. L’heure de pointe retombe quand nous filons vers notre rendez-vous rugueux dans le quartier des arts, au sud de la rivière LA. Le secteur crépite d’activité : des hélicoptères du LAPD tournoient depuis leur base sur les toits, tandis que le Pacific Surfliner et les trains Amtrak à deux niveaux serpentent en direction de la côte. Dans l’air flotte un cocktail entêtant : effluves de la conserverie de sauce tomate El Pato, relents de déjections humaines et odeur de déchets en décomposition. On est très loin de Beverley Hills.

Le design « Silicon Valley » de la Tesla jure dans ce décor, contrairement à la GT500, qui a l’allure - et la voix - d’avoir grandi dans ces rues dures. Mais au bout d’une heure de photos, les odeurs prennent le pas sur « l’art » ; direction les canyons. Nous remontons vers le nord par la 110, cap sur Burbank et San Fernando.

Sur autoroute, la Mustang se montre étonnamment facile : on assouplit les amortisseurs et on laisse le gros V8 ronronner, avalant les kilomètres avec une décontraction souveraine. Dans la Tesla, la moindre portion d’autoroute appelle le pilotage automatique : on se cale, et l’on regarde la voiture distinguer voitures, pick-ups, SUV, camions et cônes de signalisation, puis les afficher sur l’écran central. C’est impressionnant - presque trop : on pourrait se laisser aller, consulter ses e-mails et laisser l’auto gérer les bouchons. Preuve éclatante, en tout cas, de ce que le logiciel Tesla sait faire.

Autoroute derrière nous, arrêt ravitaillement spécial séance photo : bœuf séché, eau, corn dogs à l’allure franchement suspecte. Sur le parking, pendant ce temps, la GT500 attire les regards.

« C’est la GT500 ? Damn. »

Emilio l’a repérée depuis l’autre côté de la route et traverse pour venir la voir de plus près.

« J’ai su que c’était la 500 grâce à ces jantes carbone… trooooop bien », dit-il en aspirant l’air entre ses dents.

Emilio s’y connaît, et son enthousiasme est contagieux. Emilio essaie ensuite de nous vendre des drogues dures de catégorie A. Il est temps de prétexter une urgence.

Dans les canyons, la Ford GT500 montre ce qu’est une voiture musclée moderne

La Little Tujunga Canyon Road est une pépite : une succession somptueuse de virages aux profils contrastés, qui grimpe vers le nord sur des kilomètres, dans des paysages splendides, ponctués de à-pics qui happent le regard. La GT500, désormais en mode Sport, la découpe avec une sérénité renversante. C’est un gros morceau d’acier à placer sur l’équivalent américain de nos petites routes façon « B-road » britannique, et pourtant l’adhérence du train avant, l’équilibre et la lisibilité du châssis installent la confiance virage après virage ; la masse, elle, semble se rétracter autour de vous.

Le vacarme qui rebondit sur les parois du canyon renforce encore le théâtre, tandis que le V8 hurle jusqu’à 7 500 tr/min. Les passages de rapports instantanés de la boîte à double embrayage effacent rapidement nos doutes d’avoir perdu la boîte manuelle. C’est une expérience de conduite en haute définition, qui mérite - et exige - toute votre attention : une voiture pensée pour ceux qui recherchent ce parfum de liberté et d’excitation grâce auquel on cesse de voir l’auto comme un simple moyen de transport, et l’on commence à la célébrer. Tous les ingrédients du genre sont là, mais polis pour l’ère numérique. J’atteins l’aire de dégagement au sommet et je laisse retomber la pression.

Alors que nous préparons la prise suivante, deux gars arrivent sur des monoroues, accompagnés de leur ami Dave (couvert de poussière et de boue) qui roule sur ce que nous apprendrons plus tard être une « planche de vitesse » - un projet sur lequel il travaille, et dont il tombe, depuis deux ans. Eux aussi sont aimantés par la GT500. Pendant que Dave explique à Pat et Rowan sa dernière création et sa chute la plus savoureuse, j’en profite pour m’éclipser au volant de la Tesla.

« Je l’adore, j’adore le fait qu’elle existe, que dans un monde qui bascule vers une nouvelle ère on puisse encore admirer une lignée automobile qui a commencé avec nos grands-pères »

La Tesla Model 3 : simplicité, technologie et efficacité au quotidien

La Tesla n’attire peut-être ni le dealer du coin ni les amateurs de monoroue ; mais c’est précisément cette ubiquité qui la rend remarquable. Un VE à la fois si performant et si demandé qu’il a déplacé la discussion : on n’est plus dans la curiosité d’initiés, mais dans une vraie proposition grand public. Dans « la vallée », la Model 3 est la voiture à avoir.

Et à mesure que j’empile les kilomètres, je comprends de mieux en mieux pourquoi. Vivre avec une Model 3, c’est l’apologie de la simplicité : tout, depuis sa façon de se conduire jusqu’à la pureté de l’habitacle, en passant par la qualité de son infrastructure de recharge (nettement en avance sur celle de n’importe quel autre constructeur), vise à rendre la vie plus facile, plus fluide, plus zen. Et ça fonctionne. C’est une réponse ultra précise aux besoins de mobilité d’aujourd’hui. Même la qualité perçue à bord (longtemps le point noir des premières Tesla) a progressé, avec un compromis entre sobriété et pragmatisme qui en fait un cocon d’un calme délicieux.

Je me doute que peu de propriétaires de Model 3 voudront aller « inquiéter » des supercars dans les canyons ; mais je peux confirmer que la combinaison couple instantané, centre de gravité bas et transmission intégrale permet de rester longtemps dans les rétroviseurs de conducteurs très perplexes. Jusqu’au moment où sa masse (une donnée que l’on ressent et que l’on gère, contrairement à la GT500) et la nécessité de refroidir les batteries imposent de lever le pied.

Je reviens avec les ventilateurs de la Tesla qui tournent activement, et je découvre qu’un plan a été monté pour réaliser une photo d’action avec la « Team Planche de vitesse ». Je me gare à côté de la GT500 ; Dave, qui a réussi à ne pas retomber une nouvelle fois, retire son armure de protection (sérieusement cabossée par les épisodes précédents) tout en détaillant la GT500.

Et il a raison de s’y attarder. Développée, étirée et peaufinée sur cinq décennies et demie… cette silhouette n’a jamais été aussi réussie. Je l’adore, j’adore le fait qu’elle existe, que dans un monde qui bascule vers une nouvelle ère on puisse encore admirer une lignée automobile qui a commencé avec nos grands-pères. Une célébration assumée des performances à l’essence, réservée aux grands jours et aux fêtes, aux trajets que l’on veut graver dans sa mémoire plutôt que simplement terminer. Elles ne dureront pas éternellement : profitez-en tant qu’il en est encore temps. Rien que pour cela, elle mérite pleinement son titre de Voiture musclée de l’année Top Gear.

Face à elle, incarnant le futur dès maintenant et redessinant le paysage au passage, la Model 3 est tout aussi brillante. C’est une voiture qui marque un tournant dans l’histoire du véhicule électrique : une solution remarquablement juste aux besoins de transport modernes, capable de mettre des supercars en difficulté lors d’une soirée humide à Corby tout en offrant un quotidien d’une sérénité quasi zen, ou en gommant la brutalité d’une heure de pointe à Los Angeles. Le titre de Berline de l’année peut sembler un brin prosaïque, mais il n’a pas été choisi au hasard. Trop longtemps, les VE ont été cantonnés aux catégories « verte », « électrique » ou « future ». Or les qualités de la Model 3 dépassent largement son mode de propulsion, et justifient qu’elle décroche une récompense généraliste.

L’avenir s’annonce lumineux - la Model 3 en est la preuve - et l’industrie automobile n’a jamais été aussi inventive et dynamique… au point qu’il vaudrait mieux fêter cela plutôt que d’en faire une rivalité de tribus. Je prends la Mustang pour retourner dans Los Angeles, savourant son statut de super-héros à l’américaine, puis je grimpe dans la Model 3 pour un trajet jusqu’à l’aéroport, pilotage automatique enclenché dans un embouteillage en accordéon. Que Dieu bénisse les États-Unis.

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